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Hommage à Guy David par Yves Cosson

Guy David a toujours dessiné. A 17 ans, il faisait des croquis d’audience en son Poitiers natal. Dans son atelier nantais des milliers de dessins s’entassent, préludes à des toiles. « Il me faut cette rigueur, cette lente élaboration. Je fais du dessin à la gouache, puis à la peinture. Tout se construit : les proportions, le rythme, le nombre d’or… ». L’instinct puissant de la composition et au bout de tout cela, la fresque. Le regard dépasse toujours le simple réel. Il se déploie spontanément vers une signification plus large, essentielle.

Héritage poitevin : Guy David sortait d’un terroir où l’Art roman a fait germer des églises somptueuses. « Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes, amoureux d’images qui font rêver, la leçon la plus évidente s’inscrit sur les piliers et les murs, les coupoles et les voûtes ». « Saint-Savin, la Sixtine française » disait encore Guy David. Dès lors on comprend que l’œuvre à laquelle il tenait sans doute le plus soit cette fresque murale qui orne le vestibule du Temple de l’Eglise Réformée de Nantes : « de la Crucifixion à la Résurrection ».

Sans doute aussi, la fougue naturelle et la sensualité chaleureuse de peintre cherchaient-elles, d’instinct, une discipline austère dans la leçon des cubistes. Guy Davide reçu d’abord les encouragements des peintres de la Section d’Or. Il se lia d’amitié avec Fernand LEGER, Jean METZINGER, et surtout avec l’exemplaire et le plus parfait des peintres de cette époque : Jacques VILLON. L’œuvre peinte ne serait être que statique, puisqu’elle offre, dans la multiplicité des points de vue, le mouvement même dans son élan et sa révolution. Et Guy David s’empressait de célébrer le jazz et Louis ARMSTRONG, l’élan des voiles au port du Pouliguen, « Le Pouliguen de mes vacances », les chevaux crinières au vent dans la rivalité de leur course, la chevauchée d’amazones fougueuses.

De proche en proche, la toile devient un lieu de rencontre : aux plans superposés répond le graphisme que se veut contrepoint idéogramme, écriture allusive affirmant ainsi le droit du peintre à dépasser les apparences et faire découvrir la profondeur du monde « par le hublot du rêve ».

D’autres amitiés sont venues : Roger BISSIERE, Jean BAZAINE, Edouard PIGNON. Tout dans la nature est Poésie, sœur du rêve, semble redire ces peintures, faisant écho aux poètes qui se lient à Guy David : Paul FORT. « Le prince des poètes » qui, en 1944, arpentait les rues de Nantes, René Guy CADOU. Le compagnon de LOUISFERT, Jean ROUSSELOT. Le copain d’école en culottes courtes…

Et c’est encore par l’amitié d’un peintre italien de grand talent Orfeo TAMBURI que le nantais Guy David a trouvé en Italie, une terre d’élection, dans ce pays où chaque cité est un musée, où la générosité de l’accueil s’allie si parfaitement à un passé millénaire, ou l’Art est la substance de l’Histoire et de la vie. Depuis 1951, Guy David a été présenté dans maintes villes d’Italie, il y a reçu des prix et des encouragements combien légitimes. Il publia à Bari un ouvrage critique Au rendez-vous de la peinture, traduit par Orfeo TAMBURI…

Avenue des Soupirs, au 5ème étage d’un immeuble qui donne sur l’Erdre, à la plus haute pointe des chênes et des peupliers centenaires, un peintre rêvait, « sur les balcons du ciel », rêvait de soleil et de foule ; sur son chevalet, une toile : la majestueuse harmonie d’une lointaine romaine domine le mouvement d’une foule pressée, innombrables. Et les couleurs chantent l’alliance du rythme vivant de l’instant fixé, suprême habilité d’un grand peintre qui connaissait son métier et possédait sa mythologie secrète.

 
L'aventure picturale de Guy-David vue par quelques grands témoins de notre temps

J’admire en Guy David cette fraîcheur d’impression qui fait que les choses vues par lui et renduent telles, sur carton ou toile, y semblent réfléchies par les yeux d’Adam (d’Adam et Eve) aux premiers jours du monde.
Paul Fort, Prince des Poètes – 6 avril 1946

La seule ambition de Guy David est de se montrer un bon ouvrier de l’Art vivant. Retenez ceci – un bon ouvrier – mais c’est toute la noblesse de l’artiste (peintre, sculpteur, musicien, poète) de se montrer toujours un bon ouvrier.
Paul Fort, Prince des Poètes, de l’Académie Mallarmé

Il ne manque pourtant pas de murs à décorer : il faut que vous « alliez au mur ».
Fernand Léger – 21 mai 1949

J’ai vu longuement vos œuvres et j’en ai beaucoup aimé l’esprit, la lumière, la modulation colorée.
Jean Bazaine – 5 juillet 1954

Vos œuvres – matière mystérieuse et somptueuse – auxquelles l’architecture volontaire donne un poids bien personnel et de haute tenue.
Jacques Villon – 6 octobre 1955

Le dessin est plein d’inventions, et malgré sa grande diversité la couleur demeure toujours parfaitement accordée.
J’ai noté aussi que vous passez du figuratif au non-figuratif sans perdre l’unité de votre style : j’y vois le signe d’une forte personnalité.
Jean Metzinger – 2 décembre 1955